Pleinement conscient?

Pour changer des billets liés à l’innovation, l’intelligence collective ou les technologies, je voulais consacrer un billet à la méditation.

La méditation de pleine conscience est un sujet que j’ai découvert il y a une dizaine d’années, et qui est depuis dans un coin de ma tête.
Je me suis d’abord intéressé au sujet par simple curiosité, au hasard de ma découverte de Thich Nhat Hahn. Comme beaucoup de monde, je ne savais pas bien ce qu’était la méditation, et encore moins la pleine conscience, ou « la mindfulness » comme elle souvent nommée même en France. Par curiosité, donc, j’ai commencé à découvrir de quoi il s’agissait, à comprendre un tout petit peu ce que pouvait être cette mystérieuse méditation, mais surtout à évacuer mes idées préconçues et essentiellement fausses.
En lisant Thich Nhat Hahn, et en suivant de premières médiations guidées, j’ai pu expérimenter timidement, et commencer à sentir lointainement qu’il y avait un sacré potentiel pour quelqu’un comme moi : un potentiel apaisant, calmant.
Je n’avais cependant jamais dépassé le cap des 5 minutes de respiration consciente, sous ma douche, dans le métro ou à la plage, jamais réussi à passer à une vraie pratique.

Ma grande capacité à me surcharger l’esprit de questionnements, d’anxiété, à me projeter dans le futur ou dans le passé est souvent fatigante et j’avais de plus en plus conscience de l’intérêt de trouver un peu d’apaisement.
Mes pratiques habituelles pour me vider la tête, ce que je nomme « mes pratiques méditatives », à savoir la cuisine, le tir à l’arc ou me jeter d’un avion en parfait état à 4000 mètres, avaient effectivement atteint leurs limites.
Comprenant donc qu’une « vraie » pratique de la méditation pourrait visiblement m’apporter beaucoup, et constatant qu’une approche dilettante, seul à la maison, n’avait jusque là pas été très efficace, je me suis décidé cet automne à expérimenter une approche particulière de la pleine conscience : le MBSR.

Cet acronyme barbare signifie Mindfulness Based Stress Reduction. C’est un protocole de huit semaines mis au point le médecin américain Jon Kabat-Zinn et destiné à l’origine à des patients faisant face au stress, à la douleur, et à la maladie. Ce protocole, ancré dans le courant de la médecine intégrative (corps/esprit réuni) est basé sur la médiation de pleine conscience, emprunt laïc au bouddhisme, mais aussi sur le yoga et différents enseignements basés sur la conscience de l’instant présent.

La pleine conscience est bien décrite par Edel Maex :

La mindfulness ne se résume pas à une technique psychologique. Ce n’est pas davantage une nouvelle mode. C’est quelque chose que les gens ont tou­jours fait : la recherche du silence, non pour échapper à la réalité, mais pour s’arrêter et regarder avec une attention ouverte et bienveillante. Pour relâcher la crispation qui devient parfois presque insoutenable, et vers laquelle la tour­mente de la vie a l’air de nous pousser sans cesse. Pour nous tenir debout au cœur de la vie avec plus de courage, plus d’énergie, plus de créativité, plus de bienveillance et plus de liberté.

Avant-propos de « Mindfulness : apprivoiser le stress par la pleine conscience »

J’avais en revanche été initialement été un peu méfiant, ou simplement dubitatif face au MBSR, ce machin qui ressemblait à une mode ou un bidule bobo/new age. Me disant aussi qu’il n’était pas utile de payer pour aller m’enfermer avec un groupe pour faire ce que je pouvais faire seul gratuitement. Sauf que je ne le faisais pas.

En définitive, l’idée de m’inscrire dans programme cadré, avec des rendez-vous réguliers, programmés, et impliquant une pratique quotidienne à laquelle je savais que j’allais m’astreindre, m’ont décidé à dépasser mes idées reçues.
Je me suis donc retrouvé début septembre dans un dojo parisien avec une douzaine d’hommes et de femmes venus participer à un programme MBSR.

La première rencontre et les présentations ont été amusants en ce que nous avions tous une démarche assez similaire. Et l’ambiance n’était clairement pas au new age.

Nous nous sommes donc retrouvés un soir par semaine pendant huit semaines, ainsi qu’une journée complète, rythmés par différentes pratiques, guidées par notre coach, nous conduisant petit à petit sur ce chemin si particulier.
Car en effet c’est un chemin. Ce n’est pas qu’un acronyme bizarre. C’est un cheminement, accompagné, réfléchi, vers une pratique personnelle. Ca n’est pas tout à fait ce que je faisais seul à la maison, mal.

Pendant huit semaines nous avons été conduits par différentes pratiques, lors de nos rendez-vous en groupes ou dans nos quotidiens, à prendre conscience ; prendre conscience de tas de choses. En particulier de nos corps et de leurs sensations, de nos émotions, de notre façon d’y répondre, de la façon dont elles se traduisent dans notre corps. Nous avons été éveillés à une nous ouvrir à une meilleure conscience de nous-mêmes, et aussi de l’autre.

Ainsi, cette méditation que je tentais de pratiquer seul, parfois, a pris un jour nouveau dans ce parcours. Elle s’est enrichie car elle n’était plus simplement une respiration consciente très relaxante, mais une pratique plus forte, profonde, ouvrant sur nos sensations, émotions.

Pendant ces huit semaines nous avons pu échanger, avec notre coach, lui poser toutes ces questions qu’il est plus difficile de résoudre seul à la maison, mais aussi échanger entre nous, sur nos pratiques, nos ressentis, nos difficultés, nos découvertes. Les échanges au sein du groupe sont une composante très importante du programme.

Il sera intéressant pour moi de faire un bilan un peu plus tard, avec plus de recul, mais alors que j’ai terminé récemment ce programme et suis parfois questionné sur ce qu’il m’apporte, j’ai eu l’occasion de m’interroger, et de commencer à formaliser pour moi-même un certain nombre de choses, que je partage ici puisque le sujet intéresse de plus en plus de monde.

Je ne m’attends pas à devenir un fanatique de la pleine conscience à toutes les sauces. Je ne partirai peut-être pas faire des retraites en silence, je ne prendrai pas tous mes repas en pleine conscience. Je constate cependant déjà quelque inflexions, quelques changements.

Il m’arrive évidemment toujours d’être stressé, de me mettre en colère, parfois bêtement. Cependant je suis aussi beaucoup plus souvent conscient des manifestations physiques du stress, des tensions qui l’accompagnent par exemple. Il est ainsi plus facile de dénouer ces tensions. Dans les moments de tensions je me sens plus attentif à mon interlocuteur. Les tensions, et le stress qu’elles engendrent sont ainsi moins forts, moins durables.
Le programme, et la pratique, aident à développer une attention à soi, à l’instant, qui vont au-delà de la simple méthode anti-stress.
C’est une façon d’être qui se ressent déjà pendant le programme, dans le quotidien. Une relation plus paisible et plus attentive à soi et au moment. Globalement, même si il y a évidemment des moments plus turbulents, j’ai ce sentiment que les tempêtes qui agitaient mon esprit sont beaucoup plus calmes. Le quotidien paraît plus doux, et je profite probablement plus des moments, de ces instants paisibles que l’on ne voit parfois pas passer tant on est focalisés sur nos pensées.

La bienveillance est aussi un des sujets très présents durant ce programme, qui nous enseigne la culture de cette bienveillance. A l’égard de nous-mêmes d’abord, mais aussi des autres. Vu de l’extérieur, avant le programme, c’est quelque chose qui me paraissait sans doute très bien mais un peu artificiel.
Je me rends compte aujourd’hui au quotidien que mon attitude générale est beaucoup plus empreinte de bienveillance. Naturellement, pas par obéissance à un enseignement. Sans doute un peu parceque nous avons souvent abordé ce point durant les enseignements, mais visiblement aussi assez naturellement car je ne me force pas (sinon, serait-ce de la bienveillance ?).

Comme je le disais plus haut, il sera donc intéressant pour moi de faire un bilan avec plus de recul mais ne serait-ce que sur le court-terme, je peux déjà constater que la pleine conscience est un « outil efficace ». Je l’écris entre guillemets, avec un sourire. Car ça n’est pas ce que j’y cherche, je ne suis pas venu trouver un outil efficace pour réparer ma tête, mais une pratique plus profonde. N’empêche, en attendant de confirmer, constater, une approche long terme, la pleine conscience est drôlement efficace sur le court terme.

Alors, ça vous tente ?

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